Amour et deuil · Fiction courte

J'ai invité mon amoureux du site de rencontres, mais l'homme sur le seuil était mon pire cauchemar

J'ai invité mon amoureux du site de rencontres, mais l'homme sur le seuil était mon pire cauchemar — Partie 1
Image tirée de notre vidéo

La solitude pesait plus lourd que les années

À 54 ans, je pensais avoir appris à vivre avec la solitude. Mes enfants avaient grandi, fondé leur propre famille, et ne venaient plus que pour les grandes occasions. Mon mari était parti depuis longtemps, et les soirées s'étiraient, longues et silencieuses. Je rentrais du travail, préparais un dîner pour une seule personne, et m'installais devant la télévision, le bruit artificiel me tenant compagnie. Je souriais à mes amies quand elles me parlaient de leurs maris, mais au fond, un vide immense me rongeait.

— Tu devrais essayer les sites de rencontres, me répétait ma meilleure amie, Monique. Aujourd'hui, tout le monde fait comme ça. Tu ne vas pas rester seule toute ta vie.

J'ai invité mon amoureux du site de rencontres, mais l'homme sur le seuil était mon pire cauchemar

Je riais, balayant l'idée d'un geste. Ces sites étaient pour les jeunes, pour ceux qui cherchaient des aventures sans lendemain. Moi, je voulais quelqu'un avec qui partager un thé, une conversation, un silence confortable. Quelqu'un qui me dirait bonsoir et le penserait vraiment. Mais un soir, lasse de cette existence monotone, j'ai ouvert mon ordinateur et créé un profil. J'ai choisi une photo où je souriais, écrit quelques mots sur mes goûts, et j'ai attendu.

Les premiers jours furent décevants. Des hommes étranges, des messages trop directs, des propositions qui me faisaient frissonner de dégoût. Je commençais à regretter mon geste, à me dire que j'étais trop vieille pour ces jeux. Puis, au bout d'une semaine, un message est apparu. Sa photo montrait un homme d'environ soixante ans, soigné, avec un sourire doux et des yeux pétillants. Il se présentait comme un divorcé vivant seul, dirigeant une petite entreprise, et cherchant, comme moi, une vraie connexion.

Dès nos premiers échanges, je me suis sentie à l'aise. Il ne posait pas de questions gênantes, ne faisait aucune plaisanterie vulgaire. Il prenait de mes nouvelles chaque jour, me demandait ce que j'avais cuisiné, me racontait des anecdotes amusantes sur son travail. Chaque soir, il me souhaitait une bonne nuit, et je me surprenais à sourire devant mon écran. Peu à peu, nos conversations sont devenues le meilleur moment de ma journée. S'il tardait à répondre, un pincement d'angoisse me serrait la poitrine.

— Tu es sûre de vouloir rester dans le virtuel ? plaisantait Monique. Quand est-ce que tu le rencontres enfin ?

Je haussais les épaules. Chaque fois que j'évoquais une rencontre, il éludait. « Nous sommes des adultes, disait-il, nous aurons tout le temps d'être ensemble. » Je n'osais pas insister, de peur de paraître pressée. Mais au fond, je me demandais pourquoi il fuyait ce moment. Avait-il peur de me décevoir ? Ou cachait-il quelque chose ?

Puis, un soir, il a prononcé les mots que j'attendais depuis des mois.

— J'ai très envie de te voir. Et si je venais chez toi samedi ?

Mon cœur a bondi. J'ai proposé un café, comme pour nous donner une porte de sortie, mais il a ri doucement.

— Un café ? Nous n'avons plus vingt ans. Nous serons mieux à la maison, à discuter tranquillement. J'apporterai des fleurs et de quoi accompagner le thé.

J'ai accepté, le cœur léger. Je lui ai envoyé mon adresse, puis j'ai passé la semaine dans une excitation fébrile. Le samedi, j'ai nettoyé l'appartement de fond en comble, cuisiné une tarte aux pommes et une quiche, sorti la belle nappe brodée que je réservais aux grandes occasions. J'ai mis une robe légère, un peu de parfum, et j'ai vérifié ma coiffure dix fois. À 19 heures, la sonnette a retenti.

J'ai pris une profonde inspiration, lissé ma robe, et ouvert la porte avec un sourire. Mais mon sourire s'est figé. L'homme sur le seuil n'était pas celui que j'attendais. C'était un visage que je n'avais pas vu depuis trente ans, mais que je n'avais jamais oublié. Mes jambes se sont dérobées, et j'ai dû m'agripper au chambranle pour ne pas tomber. Il a souri, un sourire doux, les mêmes yeux que dans mes souvenirs, et il a dit :

— Bonsoir, maman.

”

Il a souri, un sourire doux, les mêmes yeux que dans mes souvenirs, et il a dit :— Bonsoir, maman.